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Homélie du 2 novembre 2018, Jour des défunts, par l'abbé Jean Bondu (texte)
croix © la croix

Homélie du 2 novembre 2018, Jour des défunts, par l'abbé Jean Bondu (texte)

Loin de Dieu, séparé de Dieu, comprenons-nous le drame de cette situation ?

Non, nous n’en mesurons pas la douloureuse épreuve.

Dans notre XXIème siècle, l’idée dominante est plutôt que loin de Dieu, on se porte mieux.

Loin de Dieu, on est plus libre.

Loin de Dieu, par notre volonté, nos désirs nous devenons maîtres de notre vie, de nos projets.

Loin de Dieu, nous gagnons en légèreté et en insouciance, en gaieté et en indépendance.

Oui, certainement, mais à long terme et face à l’épreuve du Mal, nous devenons comme Adam et Ève, nous nous découvrons nus, perdant toute confiance en nous-mêmes et en l’autre, en tout autre.

Nous vivons isolés, sans appui, sans avenir. Pour comprendre ce qui se passe, il nous faut réfléchir à notre condition humaine, à notre nature humaine et à ce que nous propose la révélation chrétienne.

Quel est cet univers dans lequel nous sommes nés ? Est-il advenu par hasard ou ne serait-il pas né d’une volonté créatrice, d’une bienveillance, d’un débordement de vie, de la grâce de l’Amour ?

Et qui sommes-nous dans cet univers ?

Une poussière bien moins lumineuse qu’une étoile ?

Un être vivant qui se croit libre en refusant de reconnaître ce qu’il a déjà reçu : son corps sexué, sa dépendance envers son milieu environnant, sa famille, sa communauté humaine ?

Nous sommes en naissant en ce monde, conditionnés par notre nature et ils sont malheureux ceux qui la rejettent, ils sont malheureux ceux à qui l’on affirme que cette nature peut être abolie, renversée.

S’il s’agissait que d’un corps matériel comme d’une enveloppe, tout irait bien, nous ne toucherions que la superficialité de notre être, mais il s’agit encore et surtout de cet être. Je suis mon corps et le nier c’est faire fi de toutes nos relations au monde, aux autres, faire fi de notre communication, de notre générosité, de nos projets de vie, de notre amour. Je suis mon corps et mon être ne serait rien s’il ne pouvait se dire, se donner et évoluer au fil des rencontres, des évènements et des émotions.

C’est de ce constat que nous partons aujourd’hui, alors que nous prions pour nos défunts.

Que croyez-vous qu’ils soient aujourd’hui ? De purs esprits qui n’ont pas besoin d’une enveloppe charnelle ? Des fantômes qui viennent hanter nos jours ?

Si nous sommes corps et âme, si nous sommes cœur, corps et volonté, alors ce que devient mon corps est majeur, alors la division apportée par la mort entre ce corps et mon âme, entre ce corps et ma volonté, mon cœur, cette division brise mon être, ma nature humaine.

Il fallait un Dieu créateur qui connaisse notre humanité pour la sortir de ce néant.

Il fallait un Dieu créateur qui aime cette humanité pour lui rendre l’unité de son être et le souffle d’une vie nouvelle.

Il fallait un Dieu créateur qui devienne sauveur.

L’auteur du livre de Job le percevait déjà : « je sais que mon Rédempteur est vivant et que le dernier, Il se lèvera sur la poussière… Je verrai Dieu. » Révélation de cet inattendu divin dans l’ombre humaine, joie immense de cet avenir ouvert, joie de la rencontre qui fonde l’être dans l’amour et la vie.

Nous prions aujourd’hui pour nos morts pour qu’ils s’ouvrent à Dieu, pour qu’ils accueillent dans la plénitude de leur être, dans la fragilité de leur être, la sainteté de Dieu, son amour tout-puissant capable de les préparer aux noces éternelles, à cette Alliance où leur être uni à Dieu devient participant de sa divinité, de son amour, de sa vie surabondante.

Nous prions aujourd’hui pour entrer dans cette conscience que l’éternité se prépare chaque jour, à chaque instant. Nos actes, nos paroles, nos attitudes portent la capacité d’introduire l’éternité en notre présent, en nos vies.

Quand vous aimez vos proches, quand une parole bienveillante vient relever, donner confiance et responsabilité, quand un service facilite la vie, quand un pardon, un appel viennent vous surprendre et vous renouveler, quand vous annoncez l’amour de Dieu, quand vous priez Dieu, l’éternité vient féconder notre condition mortelle et déjà l’oriente vers Dieu.

Nous prions et nous rendons grâce parce que le Seigneur nous révèle notre avenir, un avenir heureux comme nous le fêtions hier, un avenir commun dans cette communion à laquelle Dieu nous appelle dès aujourd’hui, un avenir humble et puissant puisqu’il est de Dieu et nous porte jusqu’à Lui.

Alors, nous n’avons pas peur d’un Fils de Dieu envoyé pour nous juger. Nous n’avons pas peur du Ressuscité qui se lève sur nos morts, sur notre mort pour nous en tirer, nous n’avons pas peur de cette rencontre puisqu’elle est celle de l’Amour.

Le juge, notre Rédempteur, éclaire notre vie de la lumière de la Vérité.

Nous ne pouvons paraître devant Dieu avec notre péché, avec notre complicité maligne.

Nous ne pouvons être ces invités de la noce, mal vêtus, aux accoutrements salis, à ces invités qui sont encore indignes du Roi des rois, qui ne le reconnaissent pas encore comme la Vie de leur vie.

Nous ne pouvons pas être de ces invités qui n’espèrent rien, n’attendent rien, qui ne veulent de ces bonheur promis.

Ce jour de prière pour les défunts nous est donné pour eux afin de leur faire franchir encore une étape vers Dieu, vers l’illumination de la Vérité, vers l’amour qui veut les saisir.

Ce jour nous est donné aussi pour nous, pour entrer plus avant dans l’espérance, dans la communion des saints, des vivants et des défunts, et pour conformer davantage notre vie à notre foi, notre vie à l’Amour de Dieu. « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? Rien, pas même la mort.

Amen

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